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Le management collaboratif n’abolit pas le pouvoir

Le management collaboratif n’abolit pas le pouvoir

Le management collaboratif a bonne presse. Il évoque la confiance, l’intelligence collective, la liberté d’initiative et des collaborateurs enfin associés aux décisions qui les concernent.

Face au management autoritaire, au contrôle permanent et aux organisations cloisonnées, la promesse est séduisante. Elle peut même sembler évidente : puisque plusieurs personnes réunies disposent de davantage d’expériences et d’idées qu’un décideur isolé, pourquoi continuer à tout organiser du haut vers le bas ?

Mais faire participer ne suffit pas à collaborer. Et inviter chacun à s’exprimer ne signifie pas que le pouvoir a réellement été partagé.

Le management traditionnel n’a pas disparu

Les discours managériaux ont changé plus rapidement que les pratiques. On parle désormais d’autonomie, de transversalité et de responsabilisation, mais de nombreuses organisations restent profondément structurées par le contrôle.

Les décisions importantes sont prises ailleurs. Les objectifs descendent. Les indicateurs remontent. Entre les deux, les collaborateurs disposent parfois d’une liberté limitée à la manière d’exécuter ce qui a déjà été décidé.

Dans les périodes difficiles, ce réflexe se renforce. L’incertitude pousse les dirigeants à réduire les marges de manœuvre, multiplier les validations et réclamer davantage de comptes rendus. Ils cherchent ainsi à reprendre le contrôle au moment même où l’organisation aurait besoin d’intelligence, d’adaptation et d’initiatives locales.

Le management collaboratif commence donc par une question inconfortable : quelles décisions sommes-nous réellement prêts à laisser prendre par d’autres ?

Consulter n’est pas faire participer

Une réunion au cours de laquelle chacun peut parler n’est pas nécessairement collaborative.

Si la décision est déjà prise, si les objections ne peuvent rien modifier ou si les propositions disparaissent sans réponse, la consultation devient une mise en scène. Elle peut même produire davantage de frustration qu’une décision clairement assumée.

Faire participer suppose d’indiquer précisément :

  • ce qui est encore ouvert à la discussion ;
  • qui prendra la décision finale ;
  • quels critères permettront de choisir ;
  • ce qui ne peut pas être négocié ;
  • comment les contributions seront prises en compte.

La collaboration ne demande pas que tout le monde décide de tout. Elle exige que personne ne soit trompé sur la portée réelle de sa participation.

Coopérer : travailler sur une responsabilité commune

La coopération ne consiste pas à juxtaposer les tâches de plusieurs personnes. Elle apparaît lorsque chacun comprend la finalité commune et peut agir au-delà des frontières strictes de son poste.

Cela suppose une circulation suffisamment libre de l’information. On ne peut pas demander à un collaborateur de prendre de bonnes décisions tout en lui refusant les éléments nécessaires pour comprendre la situation.

Coopérer implique également de pouvoir signaler une difficulté, demander de l’aide ou contester une orientation sans être immédiatement considéré comme négatif ou déloyal.

Choisir : disposer d’une véritable marge de manœuvre

L’autonomie ne se décrète pas. Elle se construit à l’intérieur d’un cadre compréhensible.

Demander à quelqu’un d’être autonome tout en contrôlant chacune de ses décisions revient à lui transmettre la responsabilité sans lui accorder le pouvoir correspondant. À l’inverse, laisser chacun agir sans préciser les limites, les objectifs et les responsabilités peut produire de la confusion plutôt que de la liberté.

Le choix devient réel lorsque le collaborateur sait ce qu’il peut décider seul, ce qui doit être discuté et ce qui relève d’un arbitrage supérieur.

Faire confiance sans devenir naïf

La confiance est souvent présentée comme une qualité morale. Dans une organisation, elle repose surtout sur des pratiques cohérentes.

Elle se développe lorsque les engagements sont tenus, que les erreurs peuvent être examinées sans recherche immédiate d’un coupable et que les règles s’appliquent également à ceux qui dirigent.

Faire confiance ne signifie pas renoncer à toute vérification. Cela signifie remplacer la surveillance permanente par des objectifs clairs, des échanges réguliers et une responsabilité réellement assumée.

Un contrôle peut être légitime. Ce qui détruit la confiance, c’est moins son existence que son caractère arbitraire, excessif ou dissimulé.

La convivialité ne remplace pas la justice

Un déjeuner d’équipe, un séminaire ou une célébration peuvent créer du lien. Mais une organisation ne devient pas collaborative parce que ses collaborateurs passent un moment agréable ensemble.

La convivialité ne compense ni une charge de travail injuste, ni une décision incompréhensible, ni l’absence de reconnaissance. Elle devient même suspecte lorsqu’elle sert à masquer les conflits ou à éviter les questions difficiles.

La qualité des relations professionnelles repose d’abord sur le respect, la possibilité de parler franchement et la perception d’une certaine équité.

La convivialité peut alors enrichir le collectif. Elle ne peut pas le fabriquer à elle seule.

Le manager collaboratif doit encore décider

Le management collaboratif ne fait pas disparaître le manager. Il transforme sa responsabilité.

Le manager n’est plus seulement celui qui distribue les tâches et contrôle leur exécution. Il crée les conditions permettant aux autres de comprendre, de contribuer et d’agir. Il doit écouter réellement, rendre les arbitrages lisibles et accepter que de bonnes idées apparaissent ailleurs que dans son propre bureau.

Mais il doit également savoir décider lorsque le consensus n’existe pas.

Cette responsabilité est parfois oubliée. Sous prétexte de collaboration, certaines décisions sont renvoyées indéfiniment au collectif. Personne ne tranche, chacun participe et l’organisation s’immobilise.

Partager la réflexion ne dispense donc pas d’assumer la décision.

Commencer par une décision réelle

Il est inutile d’annoncer brutalement que l’entreprise devient collaborative. Les changements de vocabulaire n’ont jamais suffi à transformer une culture.

Mieux vaut choisir une décision concrète, suffisamment importante pour que la participation ait du sens, mais suffisamment délimitée pour que l’expérience puisse être conduite clairement.

Précisez le cadre, partagez les informations, écoutez les désaccords, rendez la décision finale compréhensible et examinez ensuite ce que cette collaboration a réellement produit.

Le management collaboratif n’est pas une ambiance ni une collection d’outils. C’est une manière plus exigeante d’organiser le pouvoir, la responsabilité et la confiance.

Jean Lefebvre — Curieuse Agence

Consultant, formateur, auteur et conférencier, j’accompagne les entreprises, leurs managers et leurs équipes pour résoudre les tensions, renforcer la cohésion des équipes et surmonter les résistances au changement. Formations, conférences, team building et conseil : des interventions qui associent approche systémique et intelligence émotionnelle pour améliorer concrètement les pratiques de management et la coopération.

Contact : contact@curieuse-agence.com

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